En ce mois d’octobre, Mois de l’économie circulaire, notre blogue « Circuits Courts » s’est intéressé aux champignons par le truchement de Geoffroy Renaud, fondateur de Mycélium Remédium Mycotechnologies (MRM). Il est l’initiateur des trousses de culture Champignons Maison et des produits de mieux-être FNG ainsi que des biomatériaux Upto. Rencontre avec l’un des profils les plus prometteurs de la Centrale agricole.
«Les champignons [ne] doivent [pas] être achetés qu’au marché.» Cette citation modifiée de Gustave Flaubert tirée du Dictionnaire des idées reçues pourrait être sa devise.
Depuis près de quinze ans maintenant, Geoffroy produit des champignons non destinés à l’alimentation. Il en extrait des molécules actives au bénéfice de la santé humaine et animale (lire l’encadré sur les abeilles, ci-dessous) et de la bioremédiation des sols.
Ce membre historique de la Centrale agricole produit aussi des mycomatériaux pour le secteur de la construction et pour l’emballage biodégradable.
Il crée aussi des kits de culture de champignons visant à démocratiser cette pratique. Bref, ce touche-à-tout de l’agriculture urbaine est un précurseur, peut-être bien même un visionnaire? L’avenir le dira!
En avance sur son temps
Toujours est-il qu’en 2023 dans le cadre d’une exposition qui s’est tenue au Musée de la Civilisation à Québec, MRM a présenté l’un des premiers mycomatériaux destinés à la fabrication de meubles et à la construction résidentielle.
Aussi, à cette occasion, il a bâti les cloisons de l’exposition à partir de plus de 4 tonnes de matières résiduelles agroalimentaires. Fabriqué à partir de mycélium, son prototype présente des propriétés avantageuses : naturel et ignifuge, il n’est pas énergivore et n’émet pas de gaz à effet de serre. Lorsqu’il est cultivé dans les règles de l’art, il agit même en tant que puits de carbone.
Sa résistance au feu constitue, de fait, un atout non négligeable pour le secteur du bâtiment qui est, par ailleurs, l’un des secteurs les plus polluants de l’industrie québécoise.
Bref par leur potentiel, la myciculture et les mycotechnologies périphériques séduisent bien au-delà de leur apport dans l’art culinaire mondial.
D’ores et déjà, les extraits de champignons suscitent un intérêt scientifique grandissant. De fait, bien qu’ils soient utilisés depuis des milliers d’années dans la médecine traditionnelle chinoise, ils ont le vent en poupe pour leurs propriétés médicinales alléguées [lire l’encadré intitulé : «Quelles vertus thérapeutiques?»] et leur contribution au bien-être.
Le diagramme en papillon
De plus, à l’heure de la prise de conscience de la finitude des ressources naturelles, nous découvrons leur rôle prééminent dans les cycles de l’économie circulaire, schématisés par le fameux diagramme en papillon de la Fondation Ellen MacArthur.

Précisément, dans cette figure symbolisant l’économie circulaire, les champignons peuvent intervenir de part et d’autre du schéma. Il s’agit, en d’autres termes, d’un allié indéniable de l’économie circulaire. De fait, à gauche c’est-à-dire au niveau de l’aile biologique, les organismes fongiques sont capables de digérer la lignine et la cellulose. Ils peuvent ainsi agir dans le compostage en transformant les déchets agricoles ou forestiers en nutriments, voir en humus de haute qualité.
Par ailleurs, le mycélium, le réseau racinaire du champignon, intervient dans la régénération de la biosphère. À cet égard, en s’associant aux racines des plantes, celui-ci leur permet de capter l’eau et les minéraux en récréant des sols fertiles sans engrais chimiques. De plus, «les pleurotes qui sont détritivores contribuent à la remédiation des sols pollués par les molécules pétrochimiques», complète Geoffroy.
Par ailleurs, au niveau de l’aile droite du diagramme en papillon, des matériaux à base de champignons peuvent se substituer aux composants non dégradables et polluants présents dans les emballages ou dans l’isolation, par exemple. Et justement, l’activité de Mycélium Remédium Mycotechnologies s’inscrit dans tous ces champs connexes à la production traditionnelle de champignons, qui elle est consacrée exclusivement à l’alimentation.

«Le reishi au chevet des abeilles»
D’après un article scientifique publié sur www.mdpi.com, le 21 octobre 2026, intitulé The Impact of Reishi (Ganoderma lucidum) Supplementation on Managed Honey Bee (Apis mellifera) Survival and Colony Performance, l’apport en reishi « pourrait constituer un outil pratique pour renforcer la robustesse des colonies [d’abeilles] dans les ruchers exploités commercialement ». Lire l’article.
Financer la dépollution à la consommation
Geoffroy Renaud a décidé d’explorer en profondeur tous ces domaines.
«Les sapotrophes sont apparus il y a près de 450 millions d’années. Je me suis intéressé à la dépollution par le vivant via les pleurotes», résume Geoffroy. «Ils sont résilients et vraiment faciles à faire pousser.» Il en est convaincu, «la remédiation est un secteur qui va se développer. »
Selon le chercheur, les atermoiements des investisseurs proviennent essentiellement de freins politiques.
«200 fois moins chère qu’une remédiation conventionnelle»
«Nous sommes capables de relever les défis économiques et technologiques qu’induisent les solutions durables de remédiation par le vivant, mais la volonté politique semble inexistante.»
Geoffroy, citant les ouvrages de Paul Stamets, père de la mycoremédiation contemporaine, estime que l’injection de certains champignons dans les sols «coûterait 200 fois moins qu’une remédiation conventionnelle qui, finalement, est payée par la collectivité.»
«Si une entreprise polluante payait vraiment pour tous les dégâts causés sur l’environnement, argumente-t-il, elle facturerait plus cher ses produits. Et ce serait plus logique qu’il en soit ainsi plutôt qu’elle cherche toujours à socialiser les coûts tout en privatisant ses bénéfices.» En clair, il estime que les produits non dégradables devraient intégrer dans leurs prix de vente les coûts liés aux frais de dépollution que leur emballage et/ou leur composition engendrent. Puis les sommes prélevées en amont devraient revenir à la collectivité pour dépolluer. Afin que ce ne soit pas cette dernière qui supporte seule les avaries écologiques causées par des entités privées.
Alliés écologiques essentiels
S’appuyant sur l’ouvrage de référence de Paul Stamets, Mycelium Running: How Mushrooms can Help Save the World, Geoffroy résume son credo ainsi : «Les champignons sont les meilleurs alliés de l’économie circulaire… et de l’écologie.» Et puis, toujours pour paraphraser son maître à penser [« Mycelium thrive on the verge of disruption, an so can we« ], il indique que comme le mycélium il se pourrait que l’humanité finisse par «prospérer au bord de la rupture!». Plus qu’une prophétie autoréalisatrice? Croisons les doigts!
Quelles vertus thérapeutiques?
Alors qu’une littérature de 9000 ans décrit les propriétés prophylactiques, thérapeutiques et leur contribution au mieux-être de plusieurs champignons tels que le reishi, le chaga, la tramète versicolore, l’hydne hérisson, les pleurotes, le shiitake et bien d’autres, peu d’études cliniques de phase III sont publiées.

Les savoirs contemporains s’appuient sur des connaissances traditionnelles ainsi que de nombreuses études cliniques de phase I et II, c’est-à-dire des mesures d’effets sur des groupes de moins de 100 personnes. Aussi, notons que le reishi peut interagir avec les anticoagulants. Prudence, par conséquent! De potentielles interactions avec les traitements contre le cancer ou les immunosuppresseurs sont autant de bonnes raisons de consulter son médecin ou son pharmacien avant de s’engager dans une thérapie assistée par les champignons.
Au demeurant, FNG entamera prochainement une étude participative à grand déploiement baptisée «Programme de soutien significatif par les champignons ». L’idée est de procurer à prix coûtant les extraits de champignons vertueux FNG à toute personne ayant une condition médicale justifiant l’accompagnement d’un professionnel de santé en échange d’accès aux données anonymisées.
«Cette initiative permettra de constituer un corpus de données en situation réelle, explique Geoffroy Renaud, tout en facilitant l’accès aux produits mieux-être auprès de ceux qui souhaitent en bénéficier.»
Ceci étant dit, voici plusieurs études montrant des effets bénéfiques de certains extraits de champignons sur la santé humaine.
- Les champignons du genre Psilocybe desquels sont tirés la psilocybine ont réduit les risques de dépression à court et moyen termes.
1. Goodwin et coll., NEJM, 2022 : NEJM stanfordhealthcarehospitalhealthcare
2. Davis et coll., JAMA Psychiatry, 2021;78(5):481-489 : JAMA Psychiatry
3. Griffiths et coll., J Psychopharmacol, 2016 : PubMed 27909165 open-foundation
4. Ross et coll., J Psychopharmacol, 2016 : PubMed 27909164
- Le tramète versicolore ou coriolus duquel est extrait le polysaccharide-K ou polysaccharide-Krestin, comme le médicament commercialisé au Japon sous le nom de Krestin, aurait un effet.
- Sakamoto et coll., Cancer Immunol Immunother, 2006 ; PubMed 16133112
- Oba et coll., Cancer Immunol Immunother, 2007 : Texte intégral (PMC)
– Le Shiitake (lentinane injectable). Les données individuelles de 650 patients issus de 5 essais montrent que le lentinane a prolongé la survie globale.
- Oba et coll., Anticancer Research, 2009;29(7):2739-2745 – Anticancer Research iiarjournalsiiarjournals
En savoir plus :
- https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0753332222002906
- https://www.frontiersin.org/journals/oncology/articles/10.3389/fonc.2026.1955408/full
- https://www.frontiersin.org/journals/cancer-control-and-society/articles/10.3389/fcacs.2026.1774081/full
- https://www.mdpi.com/1422-0067/27/3/1312
- https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S1567576926001268